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3月13日

Au revoir le TGV...

Je tiens à prévenir ceux d'entre vous qui, n'écoutant que leur courage, venaient encore de temps en temps vérifier où en était la progression des herbes folles sur ce blog, et, exceptionnellement, se repaître d'un billet "ambiance train" que je laissais traîner de ci, de là : mon expérience outre-Quièvrain ayant pris fin abruptement (une décision qui, même si elle marque mon entrée dans une zone de turbulences professionnelles, était dévenue nécessaire), mes occasions de recueillir ces tranches de v(o)ie(s) ferrées vont se raréfier d'autant. Je vais (sans grand regret) rejoindre le troupeau des "sédentaires", et me consacrer à écumer la Lorraine, ce qui me donnera moins de matière pour des billets d'itinérance.
 
Cependant, pour clôturer comme il se doit une série entâmée il y a quelques années (ben, oui, ça remonte à tout ça...), revenons une fois encore dans le Lille - Lorraine TGV de lundi dernier. Je revenais d'une journée passée à transmettre mon "savoir" à d'honnêtes artisans. Arrivant dans le train, je m'installe à ma place, non sans m'agacer (quelques secondes, point trop n'en faut) de constater que l'on m'a vendu une place "côté fenêtre", qui, pour la longueur de jambes, présente un désavantage notoire. Mais je prends finalement la décision de m'installer sur la place couloir, et de tenter ma chance.
 
Mais il faut bien qu'il arrive des choses, de temps en temps, pour que j'ai quelquechose à vous raconter. Aussi, quelques minutes avant le départ, un homme arrive et me dit que je suis à sa place. Cependant, sans me laisser même le temps de répondre, il m'invite à demeurer où je suis : il va s'installer derrière, sur des places restées vides. Un homme charmant donc... à ce détail près, tout de même, qu'il avait décidé de m'informer à la fois de son droit de propriété sur mon siège, et de sa mansuétude.
 
Me plongeant dans mon roman policier (La voix, d'Arnaldur Indridason, pour les amateurs du genre, le 3e roman d'un islandais franchement intéressant, et donc je venais, dans les 15 jours précédents, de lire les deux opus précédents), j'oubliais l'incident.
 
Ce n'est que lors de l'arrivée des contrôleurs dans la voiture que les choses allaient tourner. Après un début de contrôle tout ce qu'il y avait de plus calme, le représentant de la loi ferroviaire arrive auprès de l'homme, lui demande son billet, puis, après quelques instants de vérification, lui annonce que sa carte de réduction n'est plus valide. En général, on entend alors un bredouillement ému, un marmottement gêné... Mais, là, rien de tel : d'une voix haute et claire, l'homme s'engage dans une tirade sur le thème "ah, voilà't'y pas un homme zélé, qui va jusqu'à vérifier les dates d'abonnement". Restant parfaitement calme, le contrôleur précise à l'homme qu'il n'effectue que son travail, et que les règles sont claires : la réduction dont il a bénéficié pour l'achat de son billet est liée à la détention d'un abonnement en cours de validité. Cequi lui vaut, en réponse, un monologue enflammé sur la stupidité des règlements, l'insupportable abrutissement des personnes en uniforme. Et, pour donner du poids à sa diatribe, l'homme souligne que, s'il devait déployer une telle énergie à corriger ses copies, les mauvaises notes pleuvraient.
 
Sans se démonter, le contrôleur interroge alors l'individu, et lui demande s'il est enseignant. Nous apprenons ainsi que l'homme enseigne dans une "grande école", et qu'il est payé autant s'il passe 15' ou 1h par copie, et donc qu'il a fait le choix de n'y consacrer que quelques minutes.
 
Ne me demandez pas ce que cela venait faire ici, si ce n'est que je n'ai pu que m'inquièter du message que ce personnage peut bien faire passer à ses étudiants...
 
Le contrôle terminé, et l'amende signifiée, le calme a fini par revenir, laissant seulement quelques sourires sur les visages de certains des autres voyageurs.
 
Jusqu'à ce que, deux arrêts plus tard, un autre contrôleur ne revienne, et, le triste sire, ayant changé de siège dans l'intervalle, ne lui demande (toujours très civilement) s'il avait déjà été contrôlé. Interrogation à laquelle il a répondu par un très décalé "Vous êtes de la police ?". Visiblement décidé à repartir de plus belle, notre charmant voyageur a alors été interrompu par le grelottement de son portable. Le contrôleur, visiblement considérablement moins conciliant que son confrère, a alors prié le professeur indigne a rejoindre la plateforme, afin de ne pas déranger ses voisins (nous !). Ô surprise, l'homme a bien évidemment refusé d'obtempérer, faisant comme si de rien n'était. Un débat un peu chaud s'en est suivi, avant que, finalement le calme ne revienne définitivement.
 
Incroyable, comme certains considèrent que tout leur est dû. Visiblement, ce crétin n'est en effet pas à un billet de train près. Mais il n'empêche qu'il s'estime suffisamment au dessus des lois pour ne pas avoir, comme la plupart de ses concitoyens, à payer le vrai prix de ses tickets... Qu'il soit chargé de participer à l'instruction de futures "élites", cela fait froid dans le dos...