thierry 的个人资料Ah ! Teepee City照片日志列表更多 ![]() | 帮助 |
|
7月28日 Il y a ceux...Les 3 Maillets – 2h35 – vendredi 21 juillet 2006
(inutile, je suppose, de revenir sur les circonstances qui m'ont fait aboutir, en pleine nuit, dans ce haut lieu de la "vie nocturne parisienne"... si c'est le cas, prenez juste la peine de parcourir les 2/3 billets précédents...)
... ceux qui passent leur temps à se dévorer des yeux, sans plus rien voir d'autre, et qui, s'ils avaient le temps, la possibilité, le recul nécessaire pour s'observer, réaliseraient qu'ils feraient mieux de rester chez eux, où ils pourraient s'accorder le débordement des sens auquel ils aspirent mais qu'ils ne parviennent pas à s'autoriser. Ceux là, je leur en veux, de ne même pas voir ce qui se trouve devant eux, et dont de risquer de ne pas se rendre compte de ce qu'ils ratent. ... ceux qui se dévorent, littéralement, à pleine bouche, à pleines mains. Toute langue dehors. Ils sont certes plus authentiques, et perdent moins leur temps, mais leurs caresses restent si insuffisantes, car la plupart n'osent pas, sur un signe du pied, sur un clin d'oeil, aller écluser, dans les toilettes du restaurant, dans la voiture garée quelques mètres plus loin, derrière une porte cochère du quartier, l'envie qui les dévore... eux ! Elle est pourtant si "palpable", si présente, qu'elle empiète sur l'espace vital de ceux qui les environnent... Je les envie, envie d'être en vie, envie de leurs envies. ... ceux qui paraissent dévoyés (pour les moins attentifs... entre dévorer et dévoyer, une seule lettre de différence). Ils sont arrivés à 4, mais ils pourraient dévier, virer, et repartir en 2 x 2. Face à moi, deux couples, du moins je le crois. Mais si les deux femmes repartaient ensemble, et les deux hommes aussi, personne ne pourrait crier au scandale. Depuis leur arrivée, elles noient leur ennui entre elles, alors qu'ils ne se sont pas quitté des yeux. Et... le pire ! Je suis convaincu qu'ils ne parlent pas de foot ! Ils n'ont même pas cette excuse. La brune a les yeux si tristes, les cernes si marquées. Elle rit, certes, mais le coeur n'y est pas... Je ne sais rien de leur vie, de leurs vies. Mais je sais que je n'en veux pas ! Et, surtout... Il y a le summum. Ceux qui, côte à côte, dévorent leur assiette. Ceux là me désespèrent de l'amour, et, plus largement, de la vie. D'autant plus que, si ça se trouve, ce sont les seuls à l'avoir vraiment comprise, la vie. A n'attendre rien de l'autre qu'un confort, et qu'il laisse la vue dégagée sur le reste du monde, sur ce/ceux qui les entourent. Présent, l'autre, mais sans couper la vue, la vie. Qui laisse regarder, et donc voir, le monde. Ils se "serrent les coudes", mais que partagent-ils, si ce n'est la vue ? Etre "côte à côte", est-ce pareil que "ensemble" ? Comment peuvent-ils être là, sans avoir la possibilité de voir les éclairs dans l'oeil de l'autre, éclairs de rire, de douleur, de colère, d'envie, de chagrin, de rage, de souffrance... ou l'absence d'éclairs, de désespoir, d'ennui, de lassitude, de désintérêt, d'ignorance ?
Ou alors existe-t-il une complicité telle qu'elle permette de ne plus se voir, sans se perdre de vue ? Une telle connivence, je n'y crois pas. Je n'arrive pas à y croire. Je préfère ne pas y croire, tellement j'ai toujours été loin de la connaître. Comment, je serais à 10.000 lieues de cet extrême ? Non, je préfère le nier ! Accepter de l'envisager remettrait en cause tellement de choses auxquelles j'ai cru... je préfère refuser cette éventualité ! Alors, si je refuse cette option, ce serait cela, la vie, la vraie ? Dans ce cas, je préfère continuer à la rêver. Quitte à tomber. Parce qu'autant un regard sous un autre angle m'intéresse, autant le même décalé de 50 cms à gauche ou à droite m'indiffère. C'est bon pour les ampoules, d'être branchées en "parallèle". Très peu pour moi. Même si c'est mieux qu'en série... 7月23日 Tous pervers !TGV Lille – Paris, jeudi 20 juillet 2006, 18h00 Les processus de la pensée sont parfois curieux... Vous observez un simple fait, bon ou mauvais. Vous l'intériorisez, vous le digérez, le mûrissez. Et puis, quelques minutes, quelques heures ou quelques jours après, il ressurgit, sous une forme totalement nouvelle (je ne dis pas "créative"... ce serait prétentieux !). Quand, en plus, cela entre en résonnance avec d'autres éléments, propos, interrogations déjà "dans l'air", forcément, les choses s'enchaînent encore plus naturellement. En tout cas, c'est en général comme cela que cela se déroule pour moi, et de ce mécanisme que sont issus mes billets. J'en tire donc (hâtivement, et sans aucune certitude sur le bien-fondé éventuel de cette affirmation) l'idée que ce pourrait être le cas pour d'autres. Bref, j'en suis arrivé à l'idée de ce billet à partir de l'attitude de mon belge de client mardi matin. Il a eu un comportement que je considère comme pervers, parce qu'il me paraît (y compris a posteriori et à froid, inadapté et injuste), mais qui me renvoie également à ma propre "perversité". Inutile, donc, de s'étonner que je considère que nous le sommes tous, pervers... Sa perversité (au moins pour une partie... celle qui m'a concerné là) consiste à "habiller"son besoin de contrôle derrière les oripeaux d'une efficacité professionnelle de façade. Je m'explique. Je le connaissais avant de retravailler avec lui à distance, et j'avais dit à tous ceux avec qui j'en parlais avant que nous ne nous mettions d'accord que cela ne fonctionnerait pas. Parce qu'il a besoin de "voir", d'avoir une maîtrise totale. Et que le fait que je travaille à distance me paraissait rédhibitoire dans ce schéma. C'est donc à ma grande surprise qu'ils se sont finalement résolus à travailler avec moi. Mais son besoin de contrôle s'exprime régulièrement. Jusqu'à ce que, voilà un mois et demi, à peu près, il me demande de lui envoyer tous les soirs, lorsque je suis à Orléans, mon travail de la journée. Il a présenté cela sous l'aspect de "pour pouvoir avancer sur les textes plus rapidement". Naturellement, je n'étais pas dupe. J'avais même résolu, au départ, de noter, jour après jour, ce que je faisais quasi minute par minute. Mais je ne sais pas travailler comme cela. L'énergie que je perdais à cela était colossale. J'ai donc abandonné (pourtant, j'avoue que l'idée de consacrer - perdre ! - chaque jour près de 20 minutes à noter puis à mettre en forme ces petites tranches de vie professionnelle sur son dos m'excitait... mais moins que cela ne m'épuisait !). Là, il a fini par se déclarer. En me demandant texto "pourquoi je ne lui avais pas envoyé d'éléments pendant sa semaine de vacances" (ils étaient à l'étranger). J'ai, comme souvent, manqué de l'à propos que j'aurais voulu, et ma formulation n'a pas été à la hauteur de ce que j'aurais aimé lui répondre, en substance, que "jusque là, j'avais cru comprendre que ces envois étaient destinés à avancer le travail, et que, s'il s'agissait bien de cela, je ne voyais pas l'utilité de le faire lorsqu'il était à l'étranger. Mais que, naturellement, si le but était autre, je pouvais entendre sa requête, mais j'aurais aimé que l'on me l'expliquât". Et ce manque de confiance m'a touché. Parce que je le trouve objectivement injustifié, car je pense leur avoir fourni plus que des raisons d'être satisfaits. Et que, si je reconnais qu'il m'arrive, dans la journée, de distraire quelques minutes, voire dizaines de minutes pour satisfaire à d'autres occupations (oui, je sens quelques sourires en coin... mais bon, 1 partout, balle au centre, hein ! Ne m'obligez pas à donner des noms !), je m'arrange toujours, parce que je suis d'une honnêteté maladive, pour que cela ne rejaillisse ni sur la qualité, ni sur la quantité de ma "production". Bref, je pense leur en donner largement pour leur argent (qu'ils me comptent, eux, si "chichement" ! Mais c'est un autre sujet...). Mais, au fil des réflexions, par le cheminement de mes pensées au fur et à mesure de la semaine, j'en suis arrivé à voir les choses sous un autre angle. Celui par lequel je vois comment je tire une sorte de "profit" de cette situation. Comment j'essaye de l'exploiter à mon avantage. Comment j'utilise les couleuvres qu'ils me font avaler comme un moyen de me faire plaindre. Quelque chose que je sais extrêmement bien faire. J'adore que l'on me plaigne. Une sorte de fantasme de l'infrmière compatissante, en quelque sorte. Or cet emploi que je fais de leur comportement inadapté est pervers en lui-même. Et les comportements de ce type sont légion. Dans tous les domaines. J'ai déjà évoqué un mode de fonctionnement tout aussi pervers : celui de ces femmes qui semblent ne rechercher que les pires salopards, qui, évidemment, les trouvent (ben tiens !), et qui se complaisent ensuite dans l'auto-apitoiement. Le mécanisme est identique, bien qu'il ne s'applique pas aux mêmes situations. Et, probablement, on en retrouve une copie chez toutes celles et tous ceux d'entre nous qui se sont déjà interrogé sur le fait que leurs histoires arrivent toujours à la même fin. Et qui en tirent argument pour reproduire et reproduire encore les mêmes schémas. Avec des protagonistes qui parfois se ressemblent tellement que la ressemblance est étouffante. Une phrase illustre remarquablement bien un autre "ressort" pervers que nous utilisons probablement tous, à un titre ou un autre : "tu m'aimes, je te fuis ; tu me fuis, je t'aime". Et réciproquement, naturellement. Comme si l'herbe ne pouvait être que plus verte là où nous ne sommes pas autorisés à aller. Et qu'elle jaunissait forcément dès qu'elle nous était proposée. Comme si ce que nous avons devait forcément toujours nous paraître insatisfaisant. Comme si le "progrès" était et pouvait être une valeur en soi. Mais je ne creuserai pas ce sujet ici (qu'est ce que le progrès, en fait, un mouvement, une valeur, un danger, une perspective historique, une illusion ?)... Il est trop vaste. Je suis normal, et je suis pervers. Qui a dit que parfois, avec les amis que l'on a, on n'a pas besoin d'ennemis ? Eh bien, pour ma part, je cumule ! Avec moi-même, j'ai déjà tous les ennemis qu'il me faut ! :-) Si ça se trouve, c'est pour cela que j'ai autant besoin de sentir que je peux provoquer l'adhésion. Et que, pour cela, je fonctionne, probablement, avec les ressorts de la séduction. Parce que je suis suffisamment mon propre ennemi pour avoir envie de me reconnaître des amis. Si, pour le coup, ce n'est pas être pervers...
Allez, ne baissons pas les bras. Je savais déjà que nous étions au minimum névrosés. Je me suis découvert normal. Pervers, maintenant. Que me reste-t-il à faire ? Quels autres "coming-out" vais-je finir par faire ? Et comment y trouverai-je mon compte ?
Voilà... Si, avec les trois derniers billets, vous n'avez pas de quoi meubler la semaine, pendant que je retourne voir la Belgique, c'est que vous le faites exprès... 7月21日 Ahhhh, Paris !Laissez moi vous raconter ma soirée d'hier. Comme je l'ai écrite hier soir...
Parfois, je m'arrête sur Paris le jeudi soir en rentrant de Belgique, pour voir des copains que je ne voyais qu'occasionnellement. Donc, ce soir, je me suis arrêté du côté de République (décidément...), pour rejoindre deux amis. De l'école. De ceux avec lesquels, aujourd'hui, je serais prêt à quasiment tout partager. Alors, évidemment, une soirée. Dans un bar à tapas. Avec deux charmantes serveuses. L'une, aux cheveux courts et aux merveilleux yeux clairs. Et l'autre, aux cheveux longs, aux yeux sombres. Mais sympas toutes les deux (mais je vous l'avoue, j'avais plutôt un faible pour les cheveux courts et les yeux clairs... mais on s'en fout, non ?). Une pinte, et trois bouteilles de rouge plus tard, je prend le chemin d'Austerlitz. Il est 23h20, mon train, le dernier, part à 23h44. Métro. Arrivée à Austerlitz 23h40. Presque une habitude, une routine. Sauf que... Mauvais pressentiment, subitement. Rien avant 23h53 sur le panneau des Départs... Et, surtout, rien pour Orléans... Eh oui ! Le train de 23h44 n'existe pas l'été ! Me voilà donc sur le carreau jusqu'à demain matin 6h (soyons précis : 5h57 !). Pas l'air con, tiens. La gare ferme à minuit. Il n'y a rien dans le quartier. La dame qui me renseigne n'a même pas les numéros du loto, c'est dire si c'est pas ma journée. Une amie m'attendait dans son lit orléanais vers 1h30 du matin. De la revue. Pas belle, la vie ? Alors je prends mes pieds la route. Et direction St Michel. J'enfile (image !) les quais. Le Boulevard St Germain. Je fais une pause dans un bar bio... qui ferme ! Dommage, la serveuse était mignonne, elle aussi... J'arrive à l'Institut du Monde Arabe. Tiens, souvenir, il y avait un cracheur de feu, ici, voilà quelques semaines. Evidemment, je l'avais raté en photo. Ca vous étonne ? ;-) Je poursuis, à la recherche de l'adresse imprécise de la serveuse (eh oh, faites un effort pour suivre, celle du bar bio !). Parce que, rappelez-vous : j'y suis, là, en vous écrivant. Vous, vous le lisez après, c'est du passé et j'y ai survécu (ouf !). Mais, moi, je suis en plein dedans. Il est 1h18. J'ai encore 4h40 à tuer. Bref. Je me perds dans les petites rues. Tombe sur un chauffeur de taxi qui me redonne la route. Il en profite pour se rappeler ses propres souvenirs d'enfance : il a appris à danser le bi-bop au Caveau de la Huchette quand il était ado. Nous discutons 3 minutes. Cool. Sourires. Au revoir. J'arrive rue de la Huchette. Je tourne un peu, le Caveau me tente moyen. Par respect pour "ma" serveuse, je tourne encore. Le dernier tour. Et, forcément, au moment où je renonce, je tombe en face... des 3 Maillets ! Une serveuse (beaucoup moins jolie) me dévisage quand j'entre. Je m'assois dans l'indifférence la plus totale, jusqu'à ce qu'un charmant serveur, style italo-ibérique, daigne s'intéresser à moi. A la carte, le café (dont j'ai le plus grand besoin si je veux tenir le coup) est réservé à ceux qui prennent un repas. Mais je sors de table. Sourire. Discussion. Il s'étonne que je n'ai pas décidé de rejoindre Orléans à pied. Et me sers mon café, au prix du menu (enfin, je précise : au prix auquel je l'aurais payé si j'avais consommé un menu avant !). Par fidélité, toujours, je vais enchaîner sur ce petit rosé qui semble faire les délices de plusieurs clients. Faites que je n'ai pas à conduire le train, tout à l'heure... La serveuse, moulée (ce n'est pas qu'une image) dans son petit haut blanc, ne semble toujours pas m'apprécier. Elle fait du zèle et signale à grands cris mon déplacement de la table dans le passage vers une autre, plus excentrée. Elle paraît même excéder "mon" serveur. Le pianiste noir à lunettes de star s'escrime sur le clavier. Je ne me prononcerai pas sur ses qualités. Je suis mauvais juge, surtout au degré d'alcoolémie qui est le mien. Et même là, je suis injuste. Même à jeun, je suis mauvais juge. La musique, ce n'est définitivement pas mon truc. Et c'est comme ça. Je ne chante pas. Je ne fais pas de musique. J'écoute. Et c'est déjà beaucoup. Ah, j'ai bien fait de me déplacer. La serveuse au bar est nettement plus agréable à regarder que sa collègue. J'ai même droit à un sourire. Wahhhhh. Je reprends goût à la vie. A une table voisine, un jeune français déploie des trésors de diplomatie pour tenter de conquérir deux asiatiques. Je dis asiatiques... malheureusement, elles ont plutôt le genre Mongol que Thaï. En tout cas, il met beaucoup de coeur à l'ouvrage, avec des succès... inégaux ! Son imitation de l'espagnol avec l'accent français a été modérément appréciée. Mais bon, la soirée n'est pas finie, il a encore le temps d'emballer sec. Je vous en dirais plus si les choses se décantent (ndlr : elles ne se sont pas décantées... je reste dans l'expectative). J'ai sommeil. J'ai juste envie de poser mon sac. Ma valise. D'être allongé. De pouvoir ne pas penser. De pouvoir ne pas être aux aguets. De laisser retomber la pression. D'avoir moins chaud. De ne pas me sentir collant comme ça. Et quand je pense que je vais arriver demain matin vers 7h30 à Orléans, et que, 2 heures plus tard, je suis censé être devant mon ordinateur pour travailler. J'ai comme la haine. Putain, mais qu'est ce que je fous là, comme le dernier des cons (et que personne ne dise que je suis à ma place... enfin, après tout, dites ce que vous voulez) ? Ah, il est presque 2h. Presque la moitié du temps s'est écoulée. Quatre couples m'entourent, qui passent la moitié de leur temps à se rouler des pelles. Mais je ne hais pas les couples, même quand ils me rappellent que je suis seul. Evidemment, toute ressemblance avec des paroles déjà écrites ne serait que pure coïncidence. La demoiselle (ben oui, toujours la même, celle qui est sanglée dans son haut blanc et qui me déteste depuis que je suis rentré ici, vient de venir récupérer la bouteille de sucre de canne destinée à sucrer mon café. Sans m'honorer d'un regard. Faut pas trop demander... Et maintenant, c'est mon ordinateur portable qui me lâche... enfin, ma batterie... Alors à plus...
La suite (le lendemain)...
Finalement, c'est la serveuse qui vient m'apporter le rosé. Je consomme, donc j'existe, visiblement. Un peu binaire, la demoiselle, on dirait ! Bref, je reprends une existence corporelle dans ses yeux. Déjà ça de pris, hein !
Une dame, environ 50 ans, arrive, avec un immense paquet emballé, ça ressemble à une toile. Elle s'installe, visiblement, elle n'est pas là pour la première fois. Et s'envoie rhums sur rhums. Elle tient remarquablement la route. Grande routière, on dirait...
Finalement, j'aurais du m'en dispenser, de ce rosé. Ca tangue et ça ondule. La table, pas la serveuse. J'ai mal au coeur. J'ai envie de dormir. Le temps ne s'écoule pas. Ou si peu. Il y a peu de mouvement. Et quand il y en a, ce sont surtout des hommes dans la force de l'âge accompagnés de jeunes femmes. Une vraie caricature sociale. C'est bien. C'est beau, une ville, la nuit, disait l'autre. Mais il n'a jamais affirmé que ce qui s'y passait l'était aussi, beau. Le pianiste s'obstine. Une sublime black dans une jolie robe rouge remonte du cabaret au sous-sol. Régal des yeux. Au moins, ça fait passer le temps.
Il est 3h30. Je redemande (tant que je gagne, je joue) un café à la serveuse. Qui me dit de demander directement à la dame au bar. Je m'exécute, et j'obtiens satisfaction. Il n'est pas très bon, mais bien chaud, et puis, de toute façon, je n'ai vraiment pas le choix. Austerlitz rouvre à 4h, il faut encore que je tienne un moment.
A 4h15, j'attrape ma valise, mon sac, et j'attaque le retour à pied. Tiens, ça me rappelle un billet de l'un de vous. Souvent, quand je marche, je m'occupe l'esprit. Et c'est souvent à base de calcul. Là, je compte la proportion de taxis sur les voitures rencontrées. Quel intérêt ? Aucun, objectivement aucun. Mais ça m'évite de m'endormir en marchant, ça maintient mon attention éveillée. 23 sur 57, au fait. On s'en fout ? Oui, bien sûr. Mais puisque je m'en souviens, pourquoi ne pas le dire ?
J'arrive vers 4h45 à Austerlitz. Je me fais engueuler parce que je marche dans le liquide des machines qui nettoient le sol. Mais qu'est ce que j'en ai à foutre, moi ? J'ai juste envie de me poser. Je me suis entre-aperçu dans une glace, j'ai une tête de déterré. En plus, ces sales cons sont juste en train de nettoyer là où il y a des sièges.
Je me vautre sur l'espèce de proéminence en bout de quai. Le clodo du coin vient s'installer pas loin. Il s'appelle... ah, zut, ça m'échappe. Il fume des espèces de cigarillos, pas ma tasse de thé, surtout que ça tangue toujours et que j'ai le coeur au bord des lèvres.
L'heure s'est-elle soudain bloquée ? J'ai l'impression que rien n'avance. Les aiguilles bougent, pourtant (si, si, j'vous jure, j'ai vérifié et revérifié !). Mais elles bougent en donnant l'impression de rester sur place. Curieux, hein ?
Enfin, à force de dévisager l'horloge, il est 5h, puis 5h10. 5h20. Yesssssss ! 5h30. Je me fais le pari à moi même (n'importe quoi, certes, mais bon...) que le train devrait être affiché vers 45 au plus tard. Ca n'a jamais été aussi proche. 5h40.
5h45. Ca y est, ils l'affichent. De toute façon, je me doute. Un premier train vient d'arriver. J'étais assis voie 9, naturellement, il est voie 21. Rien ne me sera épargné. Allez, une dernière épreuve, et je m'effondre sur un siège. Même plus la force de m'angoisser vraiment pour savoir si je suis bien dans le bon train. Ce n'est qu'une légère inquiétude diffuse. S'ils veulent m'emmener au dépôt, eh bien, après tout, qu'ils le fassent. Plus rien ne m'atteint. Je me fous de tout.
Non, c'était le bon. J'arrive à Orléans à 7h28. 10 minutes à pied pour rentrer chez moi. Et je me plonge dans le bain. Ahhhhhhhhh. Quel bonheur d'être chez soi...
Moralité : finalement, je peux le dire ! Pas besoin de partir avec Lasorc en vacances pour que les tuiles s'accumulent. Ce doit être des phases. De lune ? ;-) KetalaTGV Paris – Lille, lundi 17 juillet 2006, 6h52 Je ne crois pas au hasard. Je n'y crois plus. Attention, cela ne veut pas dire que je croirais à une espèce de déterminisme béat qui voudrait que, quoi que nous fassions, cela ne changerait rien à l'affaire et que "tout serait écrit". Non. Mais je suis convaincu que les choses que nous laissons se produire arrivent à leur heure. Et donc je pense que ce n'est pas un hasard si on m'a mis ce livre entre les mains ces derniers jours. Il est "à son heure". Et j'ai décidé de lui laisser son espace. Ce billet se veut donc être trois choses à la fois : un solde de tout compte, une nouvelle page ouverte et un "hommage" libre à une femme d'exception. Comme j'ai envie de vous laisser un petit peu dans l'expectative, je vais faire cela dans cet ordre. Ceci est donc un Ketala (je vous expliquerai en temps et en heure, inutile de commencer à compulser frénétiquement vos dicos ou de lancer Google !). Celui d'une histoire. Et je le fais "à la manière de". Le verre brisé : Oui, j'ai joué un rôle dans cette histoire. Je crois qu'à cause ou grâce à moi, il a soudain franchi un cap. Pourquoi, cela, je ne saurais le dire. Les humains sont parfois si étranges. Mais il a subitement découvert qu'il pouvait prendre une place. J'ai été une sorte de signe. Le signe qu'il pouvait agir à distance. Etre présent sans l'être. La preuve, je suis encore dans sa tête ! Son téléphone : Eh, ne t'attribue toute la gloire dans cette histoire. C'est tout de même moi, en vibrant à l'arrivée d'un de ses sms, qui t'ai fait tomber, non ? Alors, j'ai aussi ma part dans cette affaire ! Le verre brisé : Je ne voulais pas entrer dans le débat de la cause. Mais dans celui du résultat. Tu veux ta part ? Eh bien prends la. Mais, que je sache, tu as eu d'autres moments. Alors pourquoi insister sur celui ci ? Ne peux-tu te contenter de tous les instants qui t'ont été acordés, qu'il te faille aussi t'immiscer ici, dans mon histoire ? Son téléphone : Je veux juste que nous soyons précis. Après tout, nous sommes là pour cela, non ? Cela dit, tu as raison, j'ai eu la chance d'en connaître. Plus, parfois, que je ne voudrais. Mon téléphone : Ah, mes amis. Si vous saviez ! J'ai failli, pour ma part, y laisser ma coque. Parce qu'ils nous accordent certes beaucoup d'importance, mais cela ne les empêche pas de nous maltraiter. Ainsi, une nuit, il m'a littéralement envoyé valser sous le lit d'à côté. Il était en Belgique, ce soir là. Dans la chambre à trois lits. Il a prétendu que c'était un faux mouvement dans son sommeil, mais, avec lui... J'aimais mieux rester dans sa main crispée, alors qu'il s'endormait le lundi soir. Il y avait dans cette crispation comme une forme d'abandon. Son téléphone : En revanche, il a sérieusement écorné ma mémoire. Un temps, il a fallu que je zappe pour survivre. Alors il a appris à ruser. C'est qu'ils ont de l'imagination, parfois. Mais c'était amusant de jouer de leur frustration, par moments. Le train : Moi aussi j'ai participé. Oh, fugitivement, certes, et pratiquement dans le plus mauvais rôle. J'ai failli être le train que l'on regarde s'éloigner du quai, en essayant de reprendre son souffle. Mais il m'a finalement attrapé. Je crois qu'il en rit encore. Et que je fais partie des souvenirs agréables, au final. Moi aussi, j'ai gardé un bon souvenir de cette soirée. L'EOS 1000 : Moi, j'ai un vrai regret. J'avais une chance de sortir de mon placard (même pas doré, le placard). Mais là... C'est moins sûr. Bah, j'attendrai la prochaine. La banquette arrière (dédicace spéciale à celle qui a été témoin du début de ce délire...) : J'ai failli connaître mon heure de gloire. C'était comme si c'était fait. Et puis... Et puis non. Il a rangé son billet. Qui ne paraîtra finalement pas. Alors que j'en étais l'héroïne. Ahhhh, ces humains. Jamais de reconnaissance. Rien. De l'égoïsme, de l'égocentrisme. Mais jamais un mot gentil. Pourtant, j'en ai accueilli, moi, des histoires. J'en ai abrité, des moments importants. Sans jamais me plaindre d'être écrasée sans vergogne. Sans protester. Et là, alors que j'allais passer à la postérité... zappée ! Oubliée. Effacée. Niée. Même s'il ne s'est rien passé, méritais-je ce traitement ? L'instrument d'écriture : Moi aussi j'ai participé aux péripéties. J'ai même provoqué un aller-retour, rien que pour moi ! Ma plume en a vibré, parfois d'effroi, parfois d'espoir. Mais je n'ai laissé passer que les mots honnêtes. Les vrais. Les justes. La ruse : Merci, d'abord, de m'accepter parmi vous. Je n'ai pas d'existence bien définie. Mais j'ai moi aussi ma place dans l'histoire. Car j'ai été le symbole d'une complicité. Et quoi de plus vrai que cette connivence qui fait que l'on partage ce que personne d'autre ne peut comprendre ? Quoi de plus tangible que ce partage ? Mon rôle exact, je le garde pour moi, mais sachez qu'il était doux. On dit parfois que, pour continuer à avancer, il faut tourner les pages. Faire le "deuil". Moi, je dis "fermer les portes". Si j'ai tout bien compris, le Ketala, dans la tradition musulmane, c'est justement cela, le deuil. Plus exactement, la réunion de famille, 8 jours après l'enterrement, durant laquelle s'effectue le partage des possessions du mort. Mais aussi - surtout - l'occasion de faire une dernière fois, ensemble, le tour de la question, pour ne pas laisser de zone d'ombre, d'amertume, de souffrance. Pour partager et dire. Pour évacuer le sombre et ne garder que la lumière. Fatou Diomé, sénégalaise installée à Strasbourg, dans son roman Ketala, celui que l'on m'a mis entre les mains, imagine, après la mort d'une jeune femme (Mémoria), le dialogue de ses objets, qui ont partagé sa vie, avant le Ketala qui verra leur dispersion entre les membres de la famille. Ils décident, puisque ce sont finalement eux qui l'ont le mieux connue, de se raconter les uns aux autres ce qu'ils savent d'elle. Pour être les porteurs de son souvenirs, et lui rendre hommage. Du collier de perle à la vieille tunique qu'elle portait le jour de sa première danse, de son miroir au masque africain qu'elle a transporté d'Afrique en Europe et retour, de son canapé à un couteau, d'une casserole à la porte de son appartement (celle qui entend ce que l'on dit à l'intérieur, puis ce que l'on dit dehors, une fois qu'elle est refermée...)... C'est un livre comme j'en avais rarement croisé. Sans avoir eu le temps de le lire en entier, il a déjà pris une place considérable dans ma vie. Surtout qu'il dit aussi quelque chose qui me plait : que nous, humains, même si nous ne savons pas les voir, nous laissons des "traces". Qui se servent à rien. Qui ne construisent rien. Mais des traces. Moi qui ne suis pas matérialiste, et qui n'accordait quasi jamais aux objets ce type de "pouvoir" (savoir ?), cela m'oblige à revoir une partie de mes positions. C'est toujours intéressant, les remises en question... Si vous avez l'occasion, je vous le recommande, ce livre. Il parle de la mort, mais, surtout, de la vie. D'objets, certes, mais d'objets parfois plus humains que nous. En tout cas, il parle d'humanité. Et rien que cela, cela justifie qu'on lui accorde sa vraie place. Je ne connaissais pas cette auteur, même pas de nom, et je m'en veux. Elle mérite d'être connue et reconnue. J'ai fait mon Ketala. Certains objets ont parlé. Je peux passer à autre chose. Bonjour la vie. 7月10日 Joueur...Quoi ? Je suis joueur ?
Ben oui... Mais, là, je peux pas m'empêcher...
Quand je vois à quel point Google (qui, soit dit en passant, est entré dans le dictionnaire américain : "to google" siginifiant "rechercher sur Internet") est parfois à côté de la plaque, malgré tous ses efforts...
En effet, apparaître en position n°1 à la recherche "pertes liquides fin de grossesse" n'est pas sans me faire sourire.
Vous vous en foutez ? Oui, vous avez raison.
Vous êtes frustrés ? Vous attendiez autre chose comme nouveau billet ? Tant pis pour vous.
Vous souriez vous aussi ? Ah, bonne nouvelle, il n'y a que comme cela que nous avons des chances d'avancer.
(je vais dire un truc idiot : je viens d'agrandir la police. C'est bête, non ?) ;-) |
|
|